Hervé Télémaque, de New York à Paris – Visitez la rétrospective au CENTRE POMPIDOU

Juliette Ihler-Meyer Archives Leave a Comment

Peintures, collages et assemblages aux récits  énigmatiques : datées des années 1950 à nos jours, 74 œuvres d’Hervé Télémaque sont présentées au Centre Pompidou à l’occasion de la rétrospective qui lui est consacrée. Notre journaliste Juliette Ihler a visité l’exposition pour vous. 

 

D’origine haïtienne (1937), Hervé Télémaque a grandi à Port-au-Prince avant de s’expatrier à New York en 1957. Arrivé dans la Big Apple, il fait ses études à l’Art Student’s League et s’inspire de l’expressionnisme abstrait et du surréalisme alors dominants. C’est aussi à New York que Télémaque assiste aux débuts d’Andy Warhol et de Roy Lichtenstein, papes du Pop Art. De caractère autobiographique, les peintures de Télémaque sont alors un joyeux tohu-bohu de mots, d’images, de signes raturés et de hiéroglyphes.

Marginalisé par le racisme latent de New York, y compris dans le milieu artistique, Télémaque s’installe à Paris en 1961 où il développera le vocabulaire de ses narrations picturales à la fois personnelles et collectives. Influencé par le Surréalisme et le Pop art, Télémaque puise dans les images de l’actualité et de la publicité des symboles représentatifs de la désillusion et de la vacuité de la société de consommation. Sur fond d’aplats de couleurs volontairement sans éclat se croisent ainsi sous-vêtements, chaises longues ou baskets.

Associé dès 1962 au courant de la Figuration Narrative, l’une des versions européennes du Pop Art, les discours picturaux d’Hervé Télémaque se font de plus en plus politiques et satiriques. Comme autant de métaphores visuelles, s’y croisent objets en apesanteur (croix, flèche, arme, sous-vêtement, urne, masque), morceaux d’anatomie, réminiscences d’Haïti et commentaires qualifiées de « fictions ».

Nourri par l’expérience de sa propre psychanalyse, Télémaque développe à partir de 1967 un univers davantage intérieur et jubilatoire, avant de cesser de peindre de 1968 à 1969  pour se consacrer à l’assemblage d’objets qu’il appelle des « sculptures maigres ». Comme toujours dans sa pratique, il s’agit ici d’ébaucher des bribes de récits, de donner un nouveau visage aux objets les plus banals et d’ouvrir des possibilités de sens multiples.

Après cette parenthèse, Télémaque revient à la peinture avec un style épuré (Caca-Soleil ! 1970) et s’adonne au dessin ainsi qu’aux collages. Conjuguant pulsions abstraites, sources africaines, constructions cubistes et automatisme surréaliste, ses tableaux sont toujours autant d’énigmes à décrypter.

De New York à Paris en passant par Haïti, à travers la diversité des techniques et des thèmes abordés, cette rétrospective nous invite à déchiffrer un langage plastique d’images-signes, écho d’un regard à la fois poétique et politique sur le monde.

Hervé Télémaque , Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou (IVe). Tél.:   01 44 78 12 33. Horaires:   tous les jours, sauf mardi, de 11 h à 21 h. Jusqu’au: 18 mai. Cat .:  «Hervé Télémaque», catalogue de l’exposition sous la direction de Christian Briend (Somog/ éditions du Centre Pompidou-Musées de Marseille, 35€). «Télémaque, l’artiste français le plus pop», monographie, ouvrage collectif (Flammarion, relié, 280 pages, 60€).
© Photos Juliette Ihler-Meyer au Centre Pompidou

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