EXPO : Les vrais faux d’Elaine Sturtevant, artiste américaine qui vivait à Paris et avait commencé sa carrière à New York

Juliette Ihler-Meyer Archives Leave a Comment

Maître en vrais faux et en faux vrais, l’américaine Elaine Sturtevant perturbe nos repères en matière de valeurs artistiques. Décédée en 2014, son travail fait actuellement l’objet d’une rétrospective à la galerie Thaddeus Ropac à Paris et au MoMA de New York.

Originaux, répliques ? Vrais, faux ? Telles sont les questions que ne manqueront pas de se poser les néophytes devant les toiles d’Elaine Sturtevant, copies conformes de tableaux d’Andy Warhol, de Jasper Johns ou encore de Frank Stella, actuellement exposées à la galerie Thaddaeus Ropac à Paris. Quoique paradoxale, la réponse à ces interrogations est pourtant sans appel : ceci n’est pas une exposition de copies.  Ceci n’est ni un Warhol, ni une copie de Warhol, c’est bien un Sturtevant.

                                                    
                                                                                 Warhol Flowers, 1969

Après 25 ans de collaboration avec la galerie parisienne, cette exposition posthume dédiée à cette artiste originaire de l’Ohio qui s’était installée dans la capitale française (1930-mai 2014) après avoir commencé sa carrière à New York, interroge et vise à nous libérer de nos réflexes et de nos préjugés. En effet, dès 1965, Sturtevant ne se contente pas d’emprunter, mais reproduit à l’identique, ou presque, des œuvres majeures créées par ses contemporains. Dans la mouvance des appropriationnistes des années 1980 comme Sherrie Levine ou Mike Bidlo, quand l’artiste américaine imite des œuvres de Marcel Duchamp, de Joseph Beuys, de Martial Raysse ou de Felix Gonzalez-Torrez, elle en respecte les dimensions et les techniques initiales.
Être créateur en abandonnant sa créativité, tirer un trait sur les catégories romantiques de l’« originalité », de la « singularité » et de l’« authenticité », reproduire une œuvre sans lui faire perdre son « aura » : telles sont les réflexions déroutantes dans lesquelles nous plongent les œuvres de Sturtevant. Mais en réalité, l’originalité n’est ici pas tant niée que déplacée et retournée. Ces pièces poussent les spectateurs à s’interroger sur ce qu’ils voient : si d’un point de vue visuel la peinture est similaire à celle dont elle est le fac-similé, le concept qui a présidé à sa fabrication, lui, est différent. La singularité est à chercher dans l’idée et non plus dans la « manière » ou le « style ». La signature est procédurale et non plus esthétique.
Dans ces œuvres réflexives, la reprise est un moyen pour interroger les conventions et les critères définitionnels de l’« art » mais aussi pour aiguiser notre regard sur une société où la créativité ne consisterait plus qu’à reproduire et à réutiliser du préexistant. Faisant également l’objet d’une rétrospective au MoMA de New York jusqu’en février 2015, les œuvres-citations de Sturtevant jettent le doute sur la valeur de l’ « original » tout en en réinventant la définition.


                                                                         Flag Jasper Johns, Elaine Sturtevant                        

« Sturtevant, Reloaded » À PARIS du 19 Novembre 2014 au 14 Janvier 2015.  Galerie Thaddaeus Ropac, Paris Marais, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris, M° St Sébastien-Froissart. Ouv.du mardi au samedi de 10h à 19h.
Entrée libre. 

► »Sturtevant : Double Trouble » À NEW YORK du 9 novembre 2015 au 22 février 2015. MoMA 11W 53rd street. M° 5th Avenue-53rd St.Ouv. lundi-dimanche 10h30-17h30. Nocturne le vendredi jusqu’à 20h.
Entrée : 25 $, 14$ tarif étudiant, gratuit pour les enfants.

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