Brooklyn Village, ce film n'est pas celui que vous croyez !

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Un titre « sympa » sur une affiche dessinée, avec aplats de couleurs fades, silhouettes détourées, boutique, yellow cab et pont de Brooklyn en fond. Tout pour attirer les amoureux de ce petit « village » qu’est Brooklyn, ceux qui chercheront un peu de légèreté après leur dur labeur dans ce monde de brutes. On le prenait au départ pour un « feel-good movie » dans la veine d’un Allen ou d’une fantaisie façon Gondry… Est-ce vraiment le cas ? Notre journaliste Alexandre Broutart s’est penché sur la question et vous explique tout sur ce film qui  rouvre le débat du re-titrage par les distributeurs.

Avis aux nostalgiques de Big Apple, aux ex étudiants en échanges qui voudraient retrouver un peu du goût de leurs meilleures soirées américaines, et à tous ceux qui voulaient se mettre en jambe pour ce week-end tant attendu dans la ville de Jay-Z : ce film n’est pas pour vous. Brooklyn Village n’est pas un « feel good movie« , n’a rien de « sympa », et trompera tout bonnement ceux qui se voyaient déjà en pleine immersion dans la bonne ambiance joviale du célèbre arrondissement de New York.

Voilà l’affiche originale du film d’Ira Sachs, munie de son titre originel :

 littlee
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Assez différent de la version française, n’est-ce pas ?
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affiche du film brooklyn village paris new york tv

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Contacté par nos soins, le distributeur du film en France
(Condor) nous assure pourtant que le réalisateur avait donné son aval au re-titrage, avouant aussi que le choix résultait surtout de la volonté de « toucher le public le plus large possible« .

Car l’affiche française, avec tout ce qu’elle comporte – y compris la mention du magazine Time Out que le film a tout d’un Woody Allen -, est à l’œuvre d’Ira Sachs ce qu’un paquet de fraises Tagada serait à la trilogie Le Parrain. Remarquez que le titre de la version espagnole – « Verano en Brooklyn » (un été à Brooklyn) -, n’est pas beaucoup plus probant.

 scène avec les enfants dans le film brooklyn village paris new york
sachs

Condor Entertainment

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Après tout pourquoi s’appesantir autant sur une affiche et un titre, quand on pourrait parler du film lui-même – l’histoire de deux jeunes garçons dont l’un est le fils des propriétaires d’une boutique à Brooklyn quand l’autre est celui de la modeste femme qui le loue-. Eh bien peut-être parce que les amateurs de vrais drames humains, qui n’ont pas peur de se briser encore un peu plus le moral à la fin de leur semaine difficile, n’iront tout simplement pas voir le film. Ils prendront plutôt – bien à tort -, le couloir du bas menant au dernier film de François Ozon en noir et blanc, secrètement munis d’un bon gros paquet de Kleenex, alors que Little Men (Brooklyn Village) était bien fait pour eux.

Regardez, en vidéo :
[youtube]https://youtu.be/JYcMuHjMD7E[/youtube]

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Le film a néanmoins littéralement inspiré la critique
, celle du journal Le Monde par exemple, qui assume pour l’occasion un surprenant lyrisme post new-age : « Et cette humanité, flottant autour d’eux comme une impalpable phosphorescence, rejoint le mystère artistique de l’aura. »

De futurs grands

Bien moins que la vie de quartier, c’est l’amitié bouleversante de deux adolescents qui fait le centre du film, celle  de Jacob et Tony, pourtant très différents tant par leurs caractères que leur milieu social. Filmés avec beaucoup de sensibilité, les jeunes acteurs (Theo Taplitz et Michael Barbieri) percent l’écran, et leur performance est sans nul doute le grand intérêt du film.

Dans une interview, le réalisateur Ira Sachs confie que 10% des scènes sont improvisées, pour mieux donner libre cours au talent des jeunes acteurs qu’il considère déjà comme des futurs « grands » du septième art :

« Michael (Tony dans le film) m’a beaucoup fait penser à un acteur de Scorsese comme Joe Pesci, donc j’ai voulu lui laisser la place d’être lui-même et certaines scènes reposent sur ce potentiel. »

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tony

Condor Entertainment

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Une scène notamment, qui montre Tony en plein cours d’art dramatique, le met en avant dans un long plan séquence alors qu’il joue en face de son vrai professeur de théâtre dans la vie. Flirtant avec le réel donc, le réalisateur se dit inspiré par le metteur en scène français Pialat (Sous le Soleil de Satan), et met au monde son huitième film après Love Is Strange notamment, sorti en 2014. Il vient de remporter avec Brooklyn Village le Grand Prix 2016 du festival du film de Deauville.

À lire
1. Brooklyn, le film pour se plonger dans le New York vintage des années 50
2. 2 guides de Brooklyn à connaître
3. Lang Lang, l’hommage à New York au piano

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